Un virement part vers le mauvais IBAN. Ou pire : vous réalisez trois jours après qu’un escroc vous a fait transférer 5 000 € sur un compte frauduleux. La première question est toujours la même : peut-on récupérer l’argent ? La réponse dépend de la rapidité d’action, du type de virement et de la coopération de la banque du bénéficiaire.
Ce qu’il faut savoir
Le virement est en principe irrévocable une fois exécuté. Le recall n’est pas un droit : c’est une demande de restitution que la banque du bénéficiaire peut refuser.
Délai critique : les premières heures. Si vous contactez votre banque le jour même, avant que les fonds soient retirés par le bénéficiaire, les chances de récupération sont bonnes. Au-delà de 48-72h, elles chutent fortement.
En cas de fraude : vous disposez de 13 mois pour contester une opération non autorisée (article L. 133-24 CMF). Le recall est une chose, la responsabilité de la banque en est une autre.
Le recall : ce que c’est et ce que ce n’est pas
Le recall (ou « demande de retour de fonds ») est une procédure interbancaire. Vous demandez à votre banque de contacter la banque du bénéficiaire pour solliciter la restitution des fonds. Votre banque transmet la requête. La banque réceptrice examine le dossier. Si les fonds sont encore disponibles et que le bénéficiaire accepte (ou n’a pas encore été informé du crédit), le virement est annulé et l’argent revient.
Ce que le recall n’est pas : un droit d’annulation. Contrairement à un prélèvement SEPA (que vous pouvez contester pendant 8 semaines), un virement exécuté est juridiquement irrévocable. Le recall repose sur la bonne volonté de la banque du bénéficiaire et sur la disponibilité des fonds. Aucun texte de loi n’oblige cette banque à accepter.
Les situations où le recall fonctionne
Erreur d’IBAN. Vous avez saisi un mauvais numéro de compte. Si le compte destinataire existe, les fonds ont été crédités chez quelqu’un qui n’a rien demandé. La banque du bénéficiaire contacte son client, qui accepte en général le retour (il ne s’agit pas de son argent). Délai habituel : quelques jours à deux semaines.
Doublon de virement. L’ordre a été exécuté deux fois (double validation, bug informatique). La banque émettrice peut souvent régler le problème directement si le doublon est identifié rapidement.
Erreur de montant. Vous avez viré 15 000 € au lieu de 1 500 €. Le recall porte sur la différence. Si le bénéficiaire est un professionnel connu (fournisseur, bailleur), il coopère en général sans difficulté.
Fraude détectée très rapidement. Vous réalisez dans l’heure que le « conseiller bancaire » qui vous a fait valider un virement était un escroc. Si votre banque envoie le recall avant que les fonds soient retirés du compte frauduleux, il y a une chance de récupération. Mais les escrocs transfèrent l’argent dans les minutes qui suivent — d’où l’urgence absolue.
Les situations où le recall échoue
Les fonds ont été retirés ou transférés. C’est le cas le plus fréquent en matière de fraude. L’escroc vide le compte dès réception du virement. Il n’y a plus rien à récupérer par la voie bancaire.
Le bénéficiaire refuse. Si le bénéficiaire considère que le virement lui était dû (paiement d’une dette, prix d’une vente), il refuse le retour. La banque ne peut pas débiter son compte sans son accord.
Le compte a été clôturé. Le retour est techniquement impossible par la voie interbancaire.
Le délai est trop long. Plus le temps passe, plus les chances diminuent. Au-delà d’une semaine, le recall aboutit rarement. La plupart des banques considèrent qu’après 10 à 13 jours ouvrés, la procédure est close.
La procédure étape par étape
1. Contactez votre banque immédiatement. Par téléphone d’abord, puis par écrit (e-mail ou espace sécurisé). Donnez tous les détails : date et heure du virement, montant, IBAN du bénéficiaire, référence de l’opération, motif de la demande (erreur, fraude, doublon). Demandez un numéro de dossier.
2. La banque envoie le recall. Votre banque transmet une requête SCT Recall (pour les virements SEPA) à la banque du bénéficiaire. Cette requête contient le motif du recall et les références de l’opération. La banque réceptrice a en principe 10 jours ouvrés pour répondre.
3. Réponse de la banque du bénéficiaire. Trois issues possibles : acceptation (les fonds reviennent), refus (le bénéficiaire refuse ou les fonds ne sont plus disponibles), absence de réponse dans le délai (considérée comme un refus).
4. Si le recall échoue. Votre banque vous informe du refus. À ce stade, les recours dépendent de la cause du virement : action en répétition de l’indu contre le bénéficiaire (s’il a conservé des fonds qui ne lui étaient pas destinés), ou mise en jeu de la responsabilité de la banque (si le virement résulte d’une fraude et que la banque a manqué à ses obligations de vigilance).
Virement frauduleux : vos droits vont au-delà du recall
Si le virement résulte d’une fraude (spoofing, phishing, arnaque au président), ne vous arrêtez pas au recall. Deux fondements juridiques distincts jouent en votre faveur :
L’article L. 133-18 du CMF impose à la banque de rembourser immédiatement les opérations de paiement non autorisées. Si vous n’avez pas vous-même initié le virement (usurpation de vos identifiants, accès frauduleux à votre espace bancaire), la banque doit rembourser sans attendre le résultat du recall.
L’obligation de vigilance de la banque peut être invoquée si l’opération présentait des anomalies détectables : montant inhabituel, bénéficiaire inconnu, virement vers un pays à risque. La banque qui exécute un virement suspect sans vérification engage sa responsabilité.
Le recall et la responsabilité de la banque sont deux procédures distinctes. Le recall vise à récupérer les fonds chez le bénéficiaire. La mise en cause de la banque vise à obtenir un remboursement de la banque elle-même. Les deux peuvent être menées en parallèle.
Questions fréquentes
Quel est le délai pour demander un recall ?
Aucun délai légal fixe. Les premières heures sont décisives. Contactez votre banque le jour même si possible. Au-delà de 48-72h, les chances diminuent fortement. Certaines banques refusent de traiter les demandes après 10-13 jours ouvrés. Pour les cas de fraude, le délai de contestation de 13 mois (article L. 133-24 CMF) concerne la responsabilité de la banque, pas le recall lui-même.
Peut-on annuler un virement instantané ?
Un virement instantané (SEPA Instant) est crédité en moins de 10 secondes. L’annulation avant exécution est impossible. Le recall reste possible après exécution, mais les chances de récupération sont encore plus faibles qu’avec un virement classique : les fonds sont disponibles immédiatement sur le compte du bénéficiaire.
Ma banque refuse d’envoyer un recall. A-t-elle le droit ?
La banque n’a pas d’obligation légale d’initier un recall, mais elle a un devoir de diligence envers son client. Un refus non motivé peut constituer un manquement contractuel. Formulez votre demande par écrit (recommandé avec AR) en détaillant les circonstances. Si elle persiste, saisissez le médiateur bancaire.
Le recall a échoué. Le bénéficiaire garde mon argent. Quel recours ?
Si le bénéficiaire a reçu des fonds qui ne lui étaient pas destinés, il est tenu de les restituer au titre de la répétition de l’indu (articles 1302 à 1302-3 du Code civil). S’il refuse, une action en justice permet d’obtenir la restitution. Si le virement résulte d’une fraude, une plainte pénale s’ajoute au recours civil.
Le recall est-il payant ?
La plupart des banques ne facturent pas la demande de recall pour les virements SEPA. Certaines facturent des frais pour les virements internationaux hors SEPA. Vérifiez les conditions tarifaires de votre banque. En cas de fraude, la banque ne devrait pas vous facturer la procédure.
Virement frauduleux et la banque refuse de rembourser ?
Le recall n’est qu’une des voies de recours. Si le virement résulte d’une fraude, la banque peut être tenue de rembourser au titre de l’article L. 133-18 du CMF, indépendamment du succès du recall.
→ Fraude bancaire — vos recours
→ Virement frauduleux — la banque refuse de rembourser
→ Spoofing — faux conseiller bancaire
→ FOVI — arnaque au président
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Inscrit au Barreau de Paris depuis 2003, Maître Pierre accompagne ses clients en droit bancaire et financier
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