Votre épargne a fondu. Votre conseiller financier vous avait assuré que le placement correspondait à votre profil. Votre assurance vie, que vous pensiez sécurisée, affiche aujourd’hui des moins-values importantes. Ou votre intermédiaire financier a pris des risques que le contrat n’autorisait pas.
Toutes ces situations ne sont pas réparables. Mais beaucoup de pertes attribuées à l’aléa des marchés dissimulent en réalité une faute professionnelle, et donc une indemnisation possible. Ce guide vous aide à savoir si votre dossier est fondé, quel établissement financier peut être mis en cause, et comment saisir le médiateur ou engager une procédure judiciaire.
Sur cette page
- Aléa de marché ou faute professionnelle : comment les distinguer
- Les trois acteurs mis en cause : banque, CGP, société de gestion
- Escroqueries et fonds frauduleux : signaux d’alerte et recours
- Médiation AMF : comment saisir le médiateur et effet sur la prescription
- Prescription : 5 ans à compter de la connaissance du préjudice
- Identifiez le recours adapté à votre situation
Aléa de marché ou faute professionnelle ? La distinction qui détermine tout
La réponse à cette question conditionne l’ensemble de vos recours.
Un placement peut perdre de la valeur sans que personne ne soit fautif. Les marchés financiers baissent, les taux remontent, une entreprise fait défaut : ce sont des risques inhérents aux investissements. Aucun intermédiaire, aucun établissement, aucune société de gestion ne peut être tenu responsable d’une perte qui résulte d’un aléa normal de marchés financiers, à condition que les risques aient été portés à votre connaissance et que le placement soit adapté à votre profil.
La faute professionnelle est d’une autre nature. Elle existe quand :
- le placement souscrit ne correspondait pas à vos objectifs, votre horizon ou votre tolérance au risque
- les risques réels ne figurent pas dans les documents d’information remis avant souscription
- l’intermédiaire avait un intérêt personnel non déclaré dans la recommandation
- l’allocation ne respectait pas les mentions du contrat de mandat
- votre banquier a mal exécuté un ordre ou fourni une information erronée sur un investissement
Charge de la preuve renversée
En droit financier, c’est le professionnel (banque, CGP, société de gestion) qui doit prouver qu’il a respecté ses obligations de conseil et d’information. Ce n’est pas au client de démontrer qu’il n’a pas été informé.
Ce principe, consolidé par la directive MIF II, modifie l’équilibre du dossier en faveur de l’épargnant :
- Pas de questionnaire de profil d’investisseur rempli ? Faute présumée.
- Documents d’information non remis avant souscription ? Faute présumée.
- Conflit d’intérêts non déclaré par le conseiller ? Faute présumée.
La plupart des épargnants ignorent ce renversement de la charge de la preuve et pensent que c’est à eux de tout prouver.
Le critère à retenir : ce n’est pas la perte en elle-même qui fonde le litige, c’est l’écart entre ce qui vous a été présenté et ce que vous étiez en droit d’attendre. Un placement présenté comme sécurisé qui perd 25 % parce que l’établissement a omis de vous informer sur sa nature réelle, c’est une faute caractérisée. Un fonds actions qui baisse lors d’un krach après information complète sur les risques : c’est un aléa non indemnisable.
Les trois acteurs qui peuvent être mis en cause : établissement bancaire, CGP, société de gestion
Selon votre situation, un ou plusieurs de ces acteurs peuvent voir leur responsabilité engagée. Leurs obligations légales sont distinctes, et leurs fautes ne se prouvent pas de la même façon.
L’établissement bancaire distributeur
Tout établissement financier qui commercialise des produits financiers doit évaluer votre profil d’investisseur, vous remettre les documents d’information réglementaires, et s’assurer que le placement convient à votre situation. Un défaut sur l’un de ces points engage sa responsabilité. Depuis la directive MIF II, ces obligations sont renforcées et c’est à l’établissement de prouver qu’il les a respectées, pas au client.
Le conseiller en gestion de patrimoine (CGP)
Qu’il soit salarié ou indépendant, le CGP est soumis aux mêmes exigences dès lors qu’il recommande un investissement. Sa responsabilité est souvent plus facile à établir : les traces écrites sont moins systématiques, les conflits d’intérêts plus fréquents, la documentation du conseil insuffisante. Sur le plan juridique, c’est le professionnel qui doit prouver qu’il a respecté ses obligations de conseil, pas le client. Ce renversement de la charge de la preuve change l’équilibre du dossier de façon considérable.
La société de gestion
Dans le cadre d’un mandat ou d’un OPCVM, la société de gestion a une responsabilité continue dans ses décisions d’allocation. Elle doit respecter les contrats signés, diversifier les investissements, et ne pas dépasser les limites de risque autorisées. La banque dépositaire des actifs a une obligation de surveillance distincte, et les deux responsabilités sont cumulables. Les épargnants concernés par ce type de litige ont souvent des portefeuilles importants, ce qui justifie de contacter un avocat dès l’identification du problème.
Escroqueries et fonds frauduleux : comment les identifier et quels recours
Les arnaques aux placements se multiplient. Elles empruntent des formes variées : fonds fictifs, plateformes de trading sans agrément, épargne salariale détournée, cryptoactifs sans cadre légal, produits atypiques sans garanties réelles.
Les signaux d’alerte
Un rendement promis supérieur à 8-10 % par an sans risque est le premier indicateur. S’y ajoutent : l’absence d’agrément de l’Autorité des marchés financiers, la domiciliation à l’étranger, la difficulté à récupérer son épargne, et l’absence de documents réglementaires. Attention aux intermédiaires qui refusent de communiquer leurs coordonnées ou dont les mentions légales sont introuvables.
Signaux d’alerte — placement potentiellement frauduleux
Rendement irréaliste
Plus de 8-10 % par an garanti sans risque
Pas d’agrément AMF
Vérifiez sur la liste noire de l’Autorité des marchés financiers
Domiciliation à l’étranger
Siège hors France, société opaque, représentant introuvable
Épargne bloquée
Difficultés à récupérer vos fonds, délais incompréhensibles
Aucun document légal
Pas de DICI, pas de prospectus, pas de mentions légales
Pression commerciale
Urgence artificielle, refus de laisser un délai de réflexion
Si vous reconnaissez deux ou plus de ces signaux, consultez la liste noire de l’AMF et contactez un avocat avant tout versement supplémentaire.
La liste noire de l’Autorité des marchés financiers
L’Autorité des marchés publie et met à jour une liste noire des établissements non autorisés à proposer des placements financiers en France. Si l’entité qui vous a conseillé y figure, c’est un élément déterminant. Cette liste est consultable gratuitement sur le site de l’Autorité des marchés financiers. Vérifiez-la avant toute démarche.
Les recours disponibles
Deux voies sont ouvertes, et elles ne s’excluent pas.
Sur le plan civil, une réclamation préalable auprès de l’établissement financier concerné est le point de départ. En l’absence de résolution amiable, une action judiciaire peut viser les personnes ayant participé à la distribution du placement frauduleux, y compris l’établissement bancaire qui a encaissé les fonds sans alerter sur des opérations manifestement anormales.
Sur le plan pénal, une plainte pour escroquerie ou exercice illégal de la profession de conseiller en investissements financiers peut être déposée. L’action pénale renforce souvent la procédure civile en établissant les faits de façon contraignante. Un avocat peut vous aider à déterminer quelle voie convient à votre dossier et dans quel ordre les engager.
Médiation et recours amiables : saisir le médiateur avant d’aller en justice
Avant d’engager une procédure judiciaire, tenter de régler le litige à l’amiable est recommandé. C’est aussi souvent une condition de recevabilité de l’action en justice pour les particuliers (article 750-1 du Code de procédure civile).
Comment saisir le médiateur de l’AMF
Le médiateur de l’AMF est la voie de référence pour les litiges financiers. Vous pouvez le saisir gratuitement, après avoir adressé une réclamation écrite à votre établissement et obtenu une réponse insatisfaisante, ou en l’absence de réponse dans un délai de deux mois. La saisine se fait via le formulaire disponible sur le site de l’AMF, accompagné de votre courrier de réclamation initial, de l’accusé de réception, et des pièces justificatives utiles à l’instruction de votre dossier.
Saisir le médiateur de l’AMF — les étapes
Réclamation écrite à votre établissement
Adressez un courrier recommandé avec accusé de réception à votre banque, CGP ou société de gestion. Détaillez le litige et les pertes subies.
Attendre la réponse (ou 2 mois sans réponse)
Si la réponse est insatisfaisante ou si vous n’avez aucune réponse dans les 2 mois, vous pouvez saisir le médiateur.
Saisine en ligne sur le site de l’AMF
Remplissez le formulaire, joignez votre courrier initial, l’accusé de réception, et les pièces justificatives. La saisine est gratuite.
Proposition du médiateur sous 90 jours
La proposition n’est pas contraignante. Si elle ne vous convient pas, vous restez libre de saisir le tribunal. La saisine suspend le délai de prescription.
Ce que la médiation permet
La médiation permet de résoudre certains litiges sans passer par un tribunal judiciaire : erreur de traitement sur un contrat, frais indus, différend sur les conditions d’un investissement, information erronée sur un service financier. Le médiateur examine le dossier et propose une solution dans un délai de 90 jours. Sa décision n’est pas contraignante : vous restez libre de la refuser et de saisir le tribunal judiciaire compétent.
Pourquoi saisir le médiateur change la situation sur la prescription
C’est un point technique qui mérite attention : la saisine du médiateur de l’AMF suspend le délai de prescription pendant toute la durée de la médiation. Contrairement à d’autres voies amiables, cette suspension est expressément prévue par les textes. Pour les dossiers où l’instruction prend du temps, c’est une protection utile, à condition de saisir le médiateur avant l’expiration du délai.
Quand la médiation ne convient pas
Saisir le médiateur n’est pas toujours la bonne première étape. Si votre délai de prescription approche, si les montants en jeu sont importants, ou si l’établissement financier a déjà engagé une procédure, contacter directement un avocat en droit financier est plus adapté. La médiation ne remplace pas une stratégie juridique : elle la précède ou la complète selon les cas.
Prescription : 5 ans à compter de la connaissance du préjudice, pas de la souscription
C’est le point que la plupart des victimes ignorent, et qui leur fait croire à tort qu’il est trop tard pour agir.
Le délai de prescription est de 5 ans (article 2224 du Code civil). Il ne court pas à compter de la date de souscription du contrat. Il court à compter du moment où vous avez eu connaissance, ou auriez dû avoir connaissance, du préjudice. Savoir précisément quand ce délai a commencé à courir dans votre cas est souvent la première question à poser à votre avocat.
Prescription — le point de départ qui change tout
Ce que les épargnants croient
- Le délai de 5 ans court depuis la signature du contrat
- Un placement de 2016 est forcément prescrit en 2026
- Il est trop tard pour agir
Ce que dit le droit (art. 2224 C. civ.)
- Le délai court à compter de la connaissance du préjudice
- Un placement de 2016 dont les pertes sont découvertes en 2022 : prescrit en 2027
- Pour l’assurance vie : le délai court au rachat, pas à la souscription (Cass. 2021)
Beaucoup d’épargnants renoncent à agir en se croyant prescrits. Le point de départ réel du délai est souvent plus récent que prévu.
Ce que ça change concrètement
Un investissement souscrit en 2016 dont vous avez découvert les pertes réelles en 2022 lors d’un relevé annuel : le délai court depuis 2022. Une action engagée en 2026 est encore recevable. Beaucoup d’épargnants renoncent à saisir un tribunal en se croyant prescrits, à tort.
Le cas spécifique de l’assurance vie
La Cour de cassation a précisé en 2021 que pour un contrat d’assurance vie, le délai de prescription court à compter du rachat, total ou partiel, et non à compter de la souscription. Un épargnant qui n’a jamais effectué de rachat et découvre aujourd’hui que la gestion de son contrat a été défaillante : son délai de 5 ans n’a pas encore commencé à courir sur la totalité du préjudice. Cette situation concerne de nombreux titulaires de contrats d’assurance vie en unités de compte.
Si vous pensez être prescrit, ne concluez pas trop vite. Vous avez un litige sur un placement souscrit il y a plus de 5 ans ? Le point de départ du délai est souvent plus récent que vous ne le croyez. Consultez un avocat en droit financier avant de renoncer à agir : le temps joue rarement en faveur de l’investisseur.
Votre situation : identifiez le recours qui correspond à votre dossier
Votre conseiller ou CGP vous a orienté vers un placement inadapté à votre profil
Profil de risque ignoré, document d’information absent, conflit d’intérêts non déclaré, recommandation en contradiction avec vos objectifs déclarés : le mauvais conseil en investissement est la source de litiges la plus fréquente. C’est aussi le terrain où le renversement de la charge de la preuve joue le plus fortement en faveur de l’épargnant.
→ Mon conseiller financier ou CGP m’a mis dans un placement inadapté : comment prouver la faute et obtenir réparation
Votre assurance vie a perdu de la valeur et le distributeur ne vous avait pas informé des risques
Vous pensiez votre épargne protégée. Vos unités de compte ont fondu. Personne ne vous a alerté lors des arbitrages. Les litiges sur l’assurance vie et la responsabilité de l’établissement distributeur obéissent à des règles spécifiques, dont un délai de prescription qui court au rachat et non à la signature du contrat.
→ Pertes sur votre assurance-vie : quand la banque ou le distributeur est responsable de vos moins-values
Votre patrimoine était confié en mandat et les pertes dépassent ce que le contrat prévoyait
Allocation spéculative non autorisée, absence de diversification, non-respect du profil de risque contractualisé : la responsabilité de la société de gestion et de l’établissement dépositaire dans le cadre d’un mandat est un terrain distinct, avec des obligations continues et des responsabilités cumulables.
→ Gestion sous mandat ou OPCVM : quand la société de gestion ou la banque dépositaire est responsable de vos pertes
Votre établissement a mal exécuté un ordre ou restreint votre compte-titres sans justification
Ordre exécuté trop tard, au mauvais cours, ou ignoré. Compte bloqué sans motif légitime. Les litiges boursiers liés à l’exécution des ordres et aux obligations de best execution concernent les investisseurs autonomes qui gèrent leur portefeuille et ont subi un dysfonctionnement de leur courtier ou établissement bancaire.
→ Litige boursier avec votre banque : ordre mal exécuté, compte bloqué ou information fautive — vos recours
Vous avez subi des pertes sur un placement financier ?
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Maître Guillaume PIERRE — Avocat en droit bancaire et financier, Paris
Pertes sur placement, assurance vie, mandat de gestion, escroquerie financière
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