Votre virement est parti vers le mauvais IBAN, a été exécuté en doublon, ou résulte d’une fraude. La banque vous parle d’un « recall ». Concrètement, c’est une demande de retour de fonds transmise à la banque du bénéficiaire pour récupérer l’argent. Cette procédure a ses règles, ses délais et surtout ses limites. Voici ce qu’il faut savoir avant de compter dessus.
Le recall virement : une demande, pas un droit
Le recall (ou SCT Recall dans le jargon SEPA) est une procédure interbancaire. Votre banque envoie un message à la banque du bénéficiaire pour demander la restitution des fonds. La banque réceptrice examine la demande, contacte son client, et décide d’accepter ou de refuser.
Le point à retenir : un virement SEPA exécuté est irrévocable (article L. 133-8 du Code monétaire et financier). L’ordre ne peut plus être révoqué une fois reçu par la banque. Le recall ne contredit pas ce principe. Il ne force personne. Il demande une restitution volontaire. Si le bénéficiaire ou sa banque refuse, le recall échoue et les fonds restent en l’état.
Délais du recall virement SEPA : les chiffres concrets
Les délais varient selon le type de virement et le motif de la demande. Les règles sont fixées par le European Payments Council (EPC) dans le rulebook SCT.
| Type de recall | Délai pour envoyer le recall | Délai de réponse de la banque réceptrice |
|---|---|---|
| Erreur technique (doublon, mauvais montant) | 10 jours ouvrés après exécution | 10 jours ouvrés |
| Erreur du donneur d’ordre (mauvais IBAN) | 13 mois | 10 jours ouvrés |
| Fraude (opération non autorisée) | 13 mois | 10 jours ouvrés |
| Virement instantané (SCT Inst Recall) | 10 jours ouvrés | 20 jours ouvrés (jusqu’au 9 oct. 2025) puis 10 jours ouvrés |
Recall d’un virement instantané
Un virement instantané (SEPA Instant Credit Transfer) est crédité en moins de 10 secondes. L’annulation avant exécution est impossible par définition. Le recall reste possible après exécution, mais les chances sont encore plus faibles : les fonds sont immédiatement disponibles sur le compte du bénéficiaire.
Le règlement européen 2024/886 du 13 mars 2024 a renforcé les obligations des banques en matière de vérification du bénéficiaire (Verification of Payee). Depuis octobre 2025, les banques doivent vérifier la concordance entre l’IBAN et le nom du bénéficiaire avant d’exécuter un virement instantané. Si votre banque a exécuté un virement sans effectuer cette vérification, sa responsabilité peut être engagée indépendamment du recall.
Recall virement : quand ça marche et quand ça échoue
Les situations favorables
Erreur d’IBAN. Le bénéficiaire a reçu de l’argent qu’il n’attendait pas. La banque réceptrice le contacte, il accepte le retour. C’est le cas où le recall fonctionne le mieux. Délai habituel : quelques jours à deux semaines.
Doublon de virement. L’ordre a été exécuté deux fois (double validation, bug). La banque émettrice identifie le doublon, le recall est en général accepté rapidement.
Erreur de montant. 15 000 euros au lieu de 1 500. Le recall porte sur la différence. Un bénéficiaire professionnel (fournisseur, bailleur) coopère sans difficulté en règle générale.
Fraude détectée dans l’heure. Vous réalisez très vite que le virement était frauduleux. Si la banque envoie le recall avant que les fonds soient retirés du compte récepteur, la récupération reste possible.
Les situations où le recall échoue
| Situation | Raison de l’échec | Recours restant |
|---|---|---|
| Fonds retirés ou transférés | Le compte est vide, rien à restituer | Responsabilité de la banque (art. L. 133-18 CMF) si fraude ; plainte pénale |
| Bénéficiaire refuse le retour | Il considère que le virement lui était dû | Action en répétition de l’indu (art. 1302 à 1302-3 du Code civil) |
| Compte clôturé | Retour techniquement impossible | Action civile directe contre le bénéficiaire |
| Délai dépassé | La banque réceptrice refuse de traiter | Responsabilité de votre banque si elle a tardé à envoyer le recall |
| Absence de réponse sous 10 jours | Vaut refus selon le rulebook SEPA | Mêmes recours que pour un refus explicite |
Procédure de recall : les étapes concrètes
- Contactez votre banque immédiatement. Par téléphone d’abord, puis par écrit (messagerie sécurisée ou lettre recommandée AR). Donnez : date et heure du virement, montant exact, IBAN du bénéficiaire, référence de l’opération, motif (erreur, doublon, fraude). Demandez un numéro de dossier et la confirmation écrite de l’envoi du recall.
- Votre banque envoie le SCT Recall. Le message interbancaire contient le motif (reason code), les références de l’opération originale et la demande de restitution. Les principaux reason codes SEPA : DUPL (doublon), TECH (erreur technique), FRAD (fraude), CUST (demande du client).
- La banque du bénéficiaire a 10 jours ouvrés pour répondre. Elle contacte son client, vérifie la disponibilité des fonds, et accepte ou refuse la restitution. Trois issues possibles : acceptation et retour des fonds, refus motivé, absence de réponse (vaut refus).
- En cas d’acceptation, les fonds reviennent. Le délai de retour effectif est de quelques jours après l’acceptation. Votre banque re-crédite votre compte.
- En cas d’échec, les recours juridiques prennent le relais. Le recall n’est que la première étape. Si les fonds ne reviennent pas, il reste la voie judiciaire : action contre le bénéficiaire (répétition de l’indu) ou contre la banque (responsabilité pour défaut de vigilance ou manquement à l’obligation de remboursement).
Virement frauduleux : vos droits vont au-delà du recall
Le recall est une procédure interbancaire de récupération amiable. Si le virement résulte d’une fraude (spoofing, phishing, arnaque au président, usurpation d’identifiants), vous disposez de fondements juridiques distincts pour obtenir un remboursement de votre propre banque.
Le remboursement des opérations non autorisées (art. L. 133-18 CMF)
Si vous n’avez pas autorisé le virement (accès frauduleux à votre espace bancaire, usurpation de vos identifiants), la banque doit vous rembourser immédiatement. Elle n’a pas à attendre le résultat du recall. Ce remboursement est un droit, pas une faveur. La banque ne peut le refuser qu’en prouvant votre négligence grave (article L. 133-19 CMF), et c’est à elle de rapporter cette preuve.
L’obligation de vigilance de la banque
Même si vous avez vous-même validé le virement (par exemple sous la pression d’un faux conseiller), la banque peut engager sa responsabilité si l’opération présentait des anomalies qu’elle aurait dû détecter : montant inhabituel par rapport à l’historique du compte, succession rapide de virements vers un même bénéficiaire inconnu, virement vers un pays à risque. Une banque qui exécute sans broncher un virement de 30 000 euros vers un compte ouvert la veille manque à son obligation de vigilance.
Le délai de contestation de 13 mois
L’article L. 133-24 du CMF donne 13 mois au titulaire du compte pour contester une opération non autorisée. Ce délai concerne la responsabilité de la banque, pas le recall lui-même. Même si le recall a échoué il y a six mois, vous pouvez encore agir contre la banque sur ce fondement.
Votre banque refuse d’envoyer le recall ou traîne
Certaines banques tardent à envoyer le recall ou prétendent que « la procédure est close ». La banque n’a pas d’obligation légale expresse d’initier un recall, mais elle a une obligation de diligence et de loyauté envers son client (obligation contractuelle). Un refus non motivé ou un retard injustifié peut constituer une faute engageant sa responsabilité contractuelle.
Que faire concrètement :
| Situation | Action recommandée |
|---|---|
| La banque ne répond pas | Mise en demeure par lettre recommandée AR avec délai de 8 jours |
| La banque refuse sans motif | Saisine du médiateur bancaire (réponse sous 90 jours) |
| Le recall a échoué et la banque refuse de rembourser un virement frauduleux | Mise en demeure sur le fondement de l’article L. 133-18 CMF, puis assignation |
| La banque a tardé et les fonds ont été retirés entre-temps | Action en responsabilité pour retard fautif (le retard a causé la perte des fonds) |
Pour aller plus loin
Questions fréquentes sur le recall virement
Quel est le délai pour demander un recall virement SEPA ?
Le délai officiel dépend du motif : 10 jours ouvrés pour une erreur technique ou un doublon, 13 mois pour une erreur du donneur d’ordre ou une fraude. En pratique, chaque heure compte. Les fonds sont généralement retirés par le bénéficiaire dans les 48 premières heures. Plus vous attendez, moins vous avez de chances de récupérer l’argent.
Le recall virement est-il un droit ?
Non. Le virement SEPA est irrévocable une fois exécuté (article L. 133-8 CMF). Le recall est une demande de restitution volontaire. La banque du bénéficiaire peut refuser si les fonds ne sont plus disponibles ou si le bénéficiaire s’oppose au retour. Aucun texte ne l’oblige à accepter.
Peut-on faire un recall sur un virement instantané ?
Oui, le recall est possible sur un virement instantané (SCT Inst Recall), mais les chances de succès sont plus faibles. Le virement instantané est crédité en moins de 10 secondes et les fonds sont immédiatement disponibles. La banque du bénéficiaire dispose de 10 jours ouvrés pour répondre. Le règlement européen 2024/886 impose par ailleurs aux banques de vérifier la concordance IBAN/nom avant exécution, ce qui ouvre un recours supplémentaire en cas de défaillance.
Le recall a échoué, que faire ?
Le recall n’est que la première étape. Si les fonds ne reviennent pas, deux voies s’ouvrent. Contre le bénéficiaire : action en répétition de l’indu (articles 1302 à 1302-3 du Code civil) si les fonds ne lui étaient pas destinés. Contre votre banque : action en responsabilité si le virement résultait d’une fraude (article L. 133-18 CMF) ou si la banque a manqué à son obligation de vigilance. Ces recours sont indépendants du recall.
Le recall virement est-il payant ?
La plupart des banques ne facturent pas le recall pour les virements SEPA en euros. Certaines facturent des frais pour les virements internationaux hors zone SEPA. Vérifiez les conditions tarifaires de votre convention de compte. En cas de fraude, la banque ne devrait pas vous facturer la procédure.
Recall refusé ou virement frauduleux non remboursé ?
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Inscrit au Barreau de Paris depuis 2003, Maître Pierre accompagne ses clients en droit bancaire et financier
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