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Défaut d’information précontractuelle du prêteur — FIPEN, FISE, déchéance du droit aux intérêts

Avant de signer un crédit à la consommation ou un prêt immobilier, la banque doit remettre à l’emprunteur une fiche d’information précontractuelle : la FIPEN pour le crédit à la consommation (article L. 312-12 du Code de la consommation), la FISE pour le crédit immobilier (article L. 313-7). Si cette fiche manque, si elle est incomplète, ou si la banque ne peut pas prouver qu’elle l’a remise, la sanction est la déchéance du droit aux intérêts. L’emprunteur ne rembourse alors que le capital, sans intérêts. Sur un prêt immobilier de 200 000 EUR sur 20 ans, la déchéance totale représente un gain de 60 000 à 100 000 EUR pour l’emprunteur.

C’est un moyen de défense que j’utilise régulièrement, y compris dans les dossiers de responsabilité bancaire qui ne portent pas directement sur l’information précontractuelle. Quand un emprunteur est poursuivi en paiement par sa banque après une déchéance du terme, l’examen du dossier de crédit révèle fréquemment que la FIPEN ou la FISE est absente, incomplète, ou que la banque ne peut pas prouver sa remise. Cet argument permet de réduire considérablement les sommes réclamées.

La FIPEN : information précontractuelle en crédit à la consommation

L’article L. 312-12 du Code de la consommation impose au prêteur de remettre à l’emprunteur, préalablement à la conclusion du contrat, une fiche d’information précontractuelle européenne normalisée (FIPEN). Cette obligation est issue de la directive 2008/48/CE du 23 avril 2008 relative aux contrats de crédit aux consommateurs. Le contenu de la fiche est détaillé à l’article R. 312-0-1 du Code de la consommation et figure en annexe du code.

Champ d’application

La FIPEN s’applique à tous les crédits à la consommation au sens de l’article L. 312-1 du Code de la consommation, c’est-à-dire les prêts d’un montant compris entre 200 et 75 000 EUR destinés à financer des besoins personnels autres que l’acquisition d’un bien immobilier. Cela inclut les prêts personnels, les crédits affectés, le crédit renouvelable, et les regroupements de crédits à la consommation.

Contenu obligatoire

La FIPEN doit contenir un ensemble d’informations dont le format est standardisé pour permettre la comparaison entre offres. Les éléments obligatoires comprennent : l’identité et les coordonnées du prêteur et de l’éventuel intermédiaire, le type de crédit, le montant total du prêt, les conditions de mise à disposition des fonds, la durée du contrat, le taux débiteur et les conditions d’application, le TAEG (taux annuel effectif global) avec un exemple représentatif, le montant total dû par l’emprunteur, le montant et la périodicité des échéances, les garanties exigées, l’existence du droit de rétractation de 14 jours, et les conséquences en cas de défaillance (notamment l’inscription au FICP).

L’article L. 312-14 du Code de la consommation ajoute une obligation d’explication : le prêteur doit fournir à l’emprunteur les explications lui permettant de déterminer si le crédit est adapté à ses besoins et à sa situation financière. Ce n’est pas la même chose que la remise de la fiche : il faut que la banque s’assure que le client comprend ce qu’il signe.

FIPEN et consultation du FICP

L’obligation de remettre la FIPEN se combine avec l’obligation de consulter le FICP (fichier des incidents de remboursement des crédits aux particuliers) avant l’octroi du crédit (article L. 312-16 du Code de la consommation). L’absence de consultation du FICP constitue un manquement distinct, sanctionné par la déchéance du droit aux intérêts (article L. 341-2). Un dossier peut cumuler les deux manquements.

La FISE : information précontractuelle en crédit immobilier

Pour le crédit immobilier, l’obligation d’information précontractuelle est prévue par l’article L. 313-7 du Code de la consommation, issu de la transposition de la directive 2014/17/UE du 4 février 2014 sur les contrats de crédit relatifs aux biens immobiliers à usage résidentiel. Le prêteur doit remettre à l’emprunteur une fiche d’information standardisée européenne (FISE) dont le contenu est fixé par l’article R. 313-3 du Code de la consommation.

Contenu spécifique de la FISE

La FISE reprend les informations de base communes à tout crédit (identité du prêteur, montant, durée, taux, TAEG, échéances, coût total) et ajoute des éléments propres au crédit immobilier : les garanties réelles exigées (hypothèque, privilège de prêteur de deniers, caution), les conditions de l’assurance emprunteur avec son coût et son impact sur le TAEG, les frais de notaire et de garantie, et les conditions de remboursement anticipé (indemnités de remboursement anticipé).

L’article L. 313-7 impose aussi la remise d’une fiche standardisée d’information sur l’assurance emprunteur (article L. 313-8), qui détaille les garanties proposées et permet la comparaison avec des assurances externes. Cette fiche est distincte de la FISE mais fait partie de l’ensemble des documents d’information précontractuelle que la banque doit fournir.

Délai de remise

La FISE doit être remise « en temps utile, avant que l’emprunteur ne soit lié par un contrat de crédit » (article L. 313-7 alinéa 1). En pratique, cela signifie que la fiche doit être transmise avant l’émission de l’offre de prêt. La remise le jour de la signature de l’offre est contestable : la finalité du document est de permettre à l’emprunteur de comparer les offres et de réfléchir avant de s’engager, ce qui suppose un délai raisonnable entre la remise de la fiche et la signature.

La charge de la preuve : c’est à la banque de prouver

C’est le point qui fait basculer beaucoup de dossiers. En cas de litige, c’est au prêteur de prouver qu’il a effectivement remis la FIPEN ou la FISE à l’emprunteur. L’emprunteur n’a pas à prouver qu’il ne l’a pas reçue. Cette règle résulte de l’article 1353 du Code civil : celui qui se prétend libéré d’une obligation doit justifier le paiement ou le fait qui a produit l’extinction de son obligation.

La Cour de cassation a appliqué ce principe de façon constante. La banque qui se contente de produire une clause pré-imprimée dans l’offre de prêt indiquant que « l’emprunteur reconnaît avoir reçu la fiche d’information précontractuelle » n’apporte pas une preuve suffisante. La clause pré-imprimée est un élément de preuve, mais elle peut être contestée si la banque ne peut pas produire la fiche elle-même, signée et datée par l’emprunteur.

Preuves acceptées

La FIPEN ou la FISE produite au format normalisé, datée et signée par l’emprunteur, avec un contenu complet et conforme aux exigences réglementaires. Un accusé de réception daté antérieurement à la signature de l’offre. Un exemplaire de la fiche conservé dans le dossier de crédit avec la preuve de sa remise.

Preuves insuffisantes

Une clause pré-imprimée dans l’offre de prêt (« l’emprunteur reconnaît avoir reçu… »). Un document non daté ou dont la date est postérieure à la signature de l’offre. Une fiche incomplète ou non conforme au modèle réglementaire. Un envoi par email sans accusé de réception ni preuve de consultation.

La preuve en pratique

Dans la majorité des dossiers que j’examine, la banque est incapable de produire la FIPEN ou la FISE. Soit le document n’existe tout simplement pas dans le dossier de crédit, soit il est incomplet, soit il porte une date postérieure à l’offre de prêt. C’est un défaut structurel de beaucoup d’établissements de crédit, en particulier pour les crédits à la consommation souscrits en agence. La banque perd le document ou ne l’a jamais établi, et se retrouve dans l’impossibilité de prouver sa remise.

La déchéance du droit aux intérêts

La déchéance du droit aux intérêts est la sanction principale du défaut d’information précontractuelle. Elle est prévue par l’article L. 341-1 du Code de la consommation pour le crédit à la consommation, et par l’article L. 341-25 pour le crédit immobilier. La sanction est automatique : elle ne dépend pas de la preuve d’un préjudice. Il suffit que la banque ne puisse pas prouver la remise de la fiche pour que la déchéance soit prononcée.

Déchéance totale ou partielle

Les juges disposent d’un pouvoir d’appréciation sur l’étendue de la déchéance. Ils peuvent prononcer une déchéance totale (l’emprunteur ne doit plus aucun intérêt) ou partielle (réduction du taux d’intérêt). En pratique, le choix entre déchéance totale et partielle dépend de la gravité du manquement. L’absence totale de FIPEN ou FISE entraîne en général une déchéance totale. Une fiche remise mais incomplète sur un point secondaire peut n’entraîner qu’une déchéance partielle.

Conséquences concrètes de la déchéance totale

La déchéance totale signifie que l’emprunteur ne doit rembourser que le capital prêté, sans intérêts conventionnels. Les sommes déjà versées au titre des intérêts s’imputent sur le capital restant dû. Si l’emprunteur a payé plus d’intérêts que le capital restant, la banque doit lui restituer le trop-perçu. La déchéance s’applique aussi aux intérêts de retard et aux pénalités contractuelles liées au taux d’intérêt.

Pour le prêteur, la déchéance représente la perte de l’intégralité de sa rémunération sur le crédit. C’est une sanction lourde, conçue comme un effet dissuasif pour inciter les établissements à respecter leurs obligations d’information.

Les erreurs fréquentes des banques

FIPEN ou FISE absente du dossier

Le cas le plus fréquent. Le dossier de crédit conservé par la banque ne contient tout simplement pas de fiche d’information précontractuelle. La banque ne peut pas prouver sa remise et la déchéance est quasi automatique.

Fiche non datée ou datée du jour de l’offre

La FIPEN ou la FISE doit être remise avant l’offre de prêt. Une fiche portant la même date que l’offre ne remplit pas la condition de remise préalable permettant une comparaison et une réflexion éclairée.

Contenu incomplet ou non conforme

La fiche existe mais il manque des mentions obligatoires : TAEG absent ou erroné, conditions de remboursement anticipé non mentionnées, garanties non décrites, absence d’information sur le droit de rétractation. Chaque omission peut fonder une demande de déchéance.

Erreur de TAEG

Le TAEG (taux annuel effectif global) mentionné dans la fiche est erroné. L’erreur de TAEG est sanctionnée spécifiquement par l’article L. 341-1 du Code de la consommation (crédit conso). Si l’écart dépasse une décimale, la déchéance est prononcée. C’est un moyen de défense autonome, distinct du défaut de remise de la fiche.

Exemple chiffré

Cas pratique — crédit immobilier de 220 000 EUR, FISE absente du dossier

Un couple emprunte 220 000 EUR sur 20 ans au taux de 2,5 %. Mensualité : 1 166 EUR. Après 5 ans de remboursement, l’emprunteur se retrouve en difficulté. La banque prononce la déchéance du terme et réclame le solde restant dû. L’analyse du dossier de crédit révèle que la FISE est absente.

Coût total du crédit avec intérêts :

Mensualité × 240 mois = 1 166 × 240 = 279 840 EUR Intérêts totaux = 279 840 − 220 000 = 59 840 EUR

Situation après 5 ans (60 échéances payées) :

Montant remboursé : 1 166 × 60 = 69 960 EUR Dont capital remboursé : ≈ 40 200 EUR Dont intérêts payés : ≈ 29 760 EUR Capital restant dû : ≈ 179 800 EUR

Avec déchéance totale du droit aux intérêts :

Capital restant dû : 220 000 − 69 960 = 150 040 EUR

Avec la déchéance, les 29 760 EUR d’intérêts déjà payés s’imputent sur le capital. Le solde restant dû passe de 179 800 EUR à 150 040 EUR, soit une réduction de près de 30 000 EUR. Si la déchéance avait été prononcée dès le début, l’économie totale sur la durée du prêt aurait été de 59 840 EUR.

Articulation avec les autres manquements bancaires

Le défaut d’information précontractuelle n’est presque jamais un argument isolé. Dans un contentieux bancaire, il se combine avec d’autres moyens de défense qui peuvent être invoqués simultanément.

Défaut de consultation du FICP

L’article L. 312-16 du Code de la consommation impose la consultation du fichier des incidents de paiement avant l’octroi d’un crédit à la consommation. L’absence de consultation est sanctionnée par la déchéance du droit aux intérêts (article L. 341-2). Ce manquement peut se cumuler avec le défaut de remise de la FIPEN. Voir l’obligation de consulter le FICP.

Défaut de mise en garde

Le devoir de mise en garde porte sur l’adéquation du crédit aux capacités financières de l’emprunteur non averti. C’est un fondement de responsabilité bancaire distinct, qui peut donner lieu à des dommages-intérêts pour perte de chance. Le défaut d’information précontractuelle (sanction : déchéance des intérêts) et le défaut de mise en garde (sanction : dommages-intérêts) sont cumulables.

Erreur de TAEG

Le TAEG erroné dans l’offre de prêt est un manquement autonome sanctionné par la déchéance du droit aux intérêts. L’ordonnance n° 2019-740 du 17 juillet 2019 a confirmé cette sanction. L’erreur de TAEG peut coexister avec le défaut de FIPEN ou de FISE, et les deux déchéances se cumulent.

Vérification de la solvabilité

En crédit à la consommation, l’article L. 312-16 impose au prêteur de vérifier la solvabilité de l’emprunteur avant l’octroi du crédit. Le non-respect de cette obligation est sanctionné par la déchéance du droit aux intérêts (article L. 341-2). C’est un troisième fondement de déchéance, distinct du défaut de FIPEN et du défaut de consultation du FICP.

Cumul des déchéances

En théorie, un seul dossier peut cumuler le défaut de FIPEN, le défaut de consultation du FICP, le défaut de vérification de la solvabilité et l’erreur de TAEG. Chacun de ces manquements donne droit à la déchéance du droit aux intérêts. En pratique, une seule déchéance totale suffit (on ne peut pas supprimer les intérêts deux fois), mais le cumul des fondements renforce la position de l’emprunteur et rend la défense de la banque très difficile.

Questions fréquentes

Quelle est la différence entre la FIPEN et la FISE ?

La FIPEN (fiche d’information précontractuelle européenne normalisée) s’applique au crédit à la consommation (article L. 312-12 du Code de la consommation). La FISE (fiche d’information standardisée européenne) s’applique au crédit immobilier (article L. 313-7). Le contenu est adapté à chaque type de crédit : la FISE inclut des informations sur les garanties réelles et l’assurance emprunteur que la FIPEN ne contient pas. Les deux sont obligatoires et leur absence est sanctionnée par la déchéance du droit aux intérêts.

La banque peut-elle se contenter d’une clause dans l’offre de prêt ?

Non. Une clause pré-imprimée dans l’offre de prêt (« l’emprunteur reconnaît avoir reçu la fiche d’information précontractuelle ») n’est pas une preuve suffisante de la remise effective de la fiche. La jurisprudence exige que la banque produise la fiche elle-même, datée, complète et conforme au modèle réglementaire. La clause pré-imprimée est un indice mais ne remplace pas la preuve de la remise du document.

Quel est le délai pour invoquer le défaut de FIPEN ou de FISE ?

La déchéance du droit aux intérêts peut être invoquée par voie d’exception (en défense, quand la banque poursuit l’emprunteur en paiement) sans limitation de durée : l’exception de nullité ou de déchéance est perpétuelle tant que le contrat n’a pas été intégralement exécuté. En revanche, si l’emprunteur veut agir en demande (pour obtenir le remboursement d’intérêts déjà payés), le délai est de cinq ans (article 2224 du Code civil).

La déchéance du droit aux intérêts supprime-t-elle aussi les frais de dossier ?

La déchéance porte sur le droit aux intérêts conventionnels. Les frais de dossier, l’assurance emprunteur et les frais de garantie ne sont pas directement visés par la déchéance. Toutefois, si le TAEG est erroné en raison de l’omission de certains frais dans son calcul, c’est un manquement distinct qui peut fonder une demande de déchéance supplémentaire. L’emprunteur conserve aussi le droit d’agir en responsabilité pour le préjudice résultant des frais indûment facturés.

Le défaut de FIPEN peut-il être invoqué pour un crédit renouvelable ?

Oui. Le crédit renouvelable est un crédit à la consommation soumis aux articles L. 312-1 et suivants du Code de la consommation. La FIPEN doit être remise avant la conclusion du contrat initial, et une information actualisée doit être fournie avant chaque renouvellement annuel. Le défaut de remise de la FIPEN pour un crédit renouvelable est sanctionné dans les mêmes conditions que pour un prêt personnel classique.

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