FNC-RF : ce que le nouveau fichier anti-fraude de la Banque de France change pour les victimes de virements frauduleux

Depuis le 7 mai 2026, les banques françaises partagent entre elles les IBAN suspects via un fichier centralisé : le FNC-RF (fichier national des comptes signalés pour risque de fraude). Le dispositif est issu de la loi n° 2025-1058 du 6 novembre 2025. Il a fait l’objet d’un avis critique de la CNIL (délibération n° 2026-044 du 16 avril 2026).

L’objectif est de bloquer les virements vers des comptes de « mules » avant que l’argent ne disparaisse. La couverture médiatique a été large. Les questions concrètes des particuliers et des entreprises, en revanche, restent souvent sans réponse. Cet article fait le point du point de vue d’un avocat en droit bancaire.

Comment fonctionne le FNC-RF

Le FNC-RF est géré par la Banque de France. Son fonctionnement repose sur un mécanisme de signalement mutuel entre prestataires de services de paiement (PSP).

Quand une banque estime qu’un compte de paiement ou de dépôt est susceptible d’être utilisé pour recevoir des fonds frauduleux, elle déclare l’IBAN de ce compte dans le fichier central. L’ensemble des autres banques participantes reçoivent cette information via des copies locales du fichier, actualisées au moins une fois par jour.

Avant d’exécuter un virement, chaque banque peut vérifier si l’IBAN du bénéficiaire figure dans le FNC-RF. Si c’est le cas, elle peut retarder ou refuser l’opération le temps de procéder à des vérifications.

Le fichier ne contient pas de données personnelles sur le titulaire du compte (pas de nom, pas d’adresse). Il recense des IBAN, les éléments caractérisant la fraude suspectée (catégorie, canal, type d’opération), et l’existence éventuelle d’une plainte pour usurpation d’identité.

Ce que le FNC-RF ne fait pas

Le FNC-RF est un outil de prévention. Il ne change rien pour les victimes dont le virement a déjà été exécuté. Si vous avez été victime d’une fraude au faux conseiller bancaire ou d’une escroquerie au placement, et que votre banque a laissé le virement partir, le FNC-RF ne vous aide pas à récupérer les fonds. Vos recours restent ceux du droit commun : contestation de l’opération non autorisée (article L. 133-18 du Code monétaire et financier) ou action en responsabilité contre la banque pour défaut de vigilance.

Le fichier ne bloque pas automatiquement les virements. La loi le dit clairement : « l’inscription des informations relatives à un compte dans le fichier n’emporte pas d’interdiction de réaliser des opérations de paiement impliquant ce compte » (article L. 521-6-1, IV du CMF). La banque reste libre de sa décision. C’est un signal d’alerte, pas un blocage.

Les limites soulevées par la CNIL

La CNIL a rendu un avis détaillé sur le projet d’arrêté encadrant le FNC-RF. Plusieurs de ses observations concernent directement les droits des personnes dont l’IBAN est inscrit dans le fichier.

Le risque de faux positifs

Le FNC-RF recense des comptes suspectés de fraude, pas des comptes dont le caractère frauduleux a été établi. La CNIL relève qu’une personne soupçonnée à tort pourrait se voir refuser des opérations de paiement par toutes les banques consultant le fichier, voire voir ses contrats résiliés. Ce risque est particulièrement élevé dans les cas d’usurpation d’identité : l’IBAN de la victime peut être inscrit au fichier alors qu’elle n’a rien à se reprocher.

La charge de vérification pèse sur la banque teneur de compte

Lorsqu’un IBAN apparaît dans le fichier, la banque qui tient le compte concerné doit mener « dans les plus brefs délais » des vérifications pour évaluer le caractère frauduleux du compte. Mais la CNIL souligne que si cette banque n’est pas établie en France (virement transfrontalier), aucun mécanisme ne permet de confirmer ou d’infirmer la suspicion. L’IBAN reste alors signalé sans vérification possible.

L’architecture technique multiplie les risques de fuite

La CNIL critique l’architecture retenue : chaque PSP participant détient une copie intégrale du fichier, avec les IBAN en clair. La CNIL estime que cette architecture « accroît fortement la surface d’exposition des données et, par conséquent, le risque de fuite, d’accès non autorisé ou de réutilisation indue ». Elle rappelle que des fuites passées ont déjà conduit à la diffusion de millions d’IBAN associés au nom de leur titulaire.

Les droits des personnes fichées sont mal définis

Le projet d’arrêté prévoyait que les droits d’accès et de rectification s’exercent uniquement auprès du PSP teneur de compte. La CNIL a exigé que ces droits puissent aussi s’exercer auprès de la Banque de France. En pratique, la personne dont l’IBAN est inscrit au FNC-RF doit pouvoir savoir qu’elle est fichée, demander la rectification des données, et obtenir la radiation si la suspicion de fraude n’est pas confirmée.

Ce que cela change concrètement pour les victimes de fraude

Pour les victimes de virements frauduleux, le FNC-RF crée une situation nouvelle sur le plan probatoire.

Si votre banque exécute un virement vers un IBAN qui figurait dans le FNC-RF au moment de l’opération, la question de sa responsabilité se pose avec une acuité particulière. La banque disposait d’un signal d’alerte partagé par l’ensemble de la profession. Exécuter le virement malgré ce signal, sans vérification complémentaire, pourrait constituer un manquement à son obligation de vigilance.

Inversement, le FNC-RF n’existait pas avant le 7 mai 2026. Pour tous les virements frauduleux antérieurs à cette date, l’absence de signalement mutualisé ne peut évidemment pas être reprochée à la banque. La responsabilité continue de s’apprécier au regard des règles classiques : anomalies apparentes, obligation de non-immixtion, et devoir de vigilance tel que défini par la jurisprudence.

Questions fréquentes

Mon IBAN peut-il être inscrit dans le FNC-RF à mon insu ?

Oui. La banque qui signale un IBAN n’est pas tenue d’en informer le titulaire du compte au moment de l’inscription. La CNIL a obtenu que les personnes puissent exercer un droit d’accès auprès de la Banque de France et de leur banque, mais il n’y a pas de notification automatique.

Ma banque peut-elle fermer mon compte parce que mon IBAN figure au FNC-RF ?

La loi interdit que l’inscription au FNC-RF justifie, « à elle seule », la résiliation du contrat de services de paiement ou de la convention de compte. Mais si la banque dispose d’éléments complémentaires, elle peut résilier le contrat. Le fichage au FNC-RF peut donc être un facteur aggravant, pas un fondement autonome.

Comment savoir si je suis fiché et comment contester ?

Vous pouvez exercer votre droit d’accès auprès de votre banque ou directement auprès de la Banque de France. Si la suspicion de fraude n’est pas confirmée, vous pouvez demander la rectification ou la radiation des informations vous concernant. En cas de refus, un avocat peut vous assister pour faire valoir vos droits, notamment par un recours devant la CNIL ou devant le juge.

Le FNC-RF peut-il empêcher une fraude au faux conseiller bancaire ?

En théorie, oui, si le compte de la mule utilisée pour recevoir les fonds est déjà signalé dans le fichier. En pratique, les fraudeurs changent régulièrement de comptes récepteurs. Le FNC-RF est utile contre les comptes de mules identifiés et réutilisés, moins contre les comptes fraîchement ouverts.

Les textes applicables

Vous êtes victime d’un virement frauduleux ou votre IBAN a été inscrit à tort dans le FNC-RF ? Consultez un avocat en droit bancaire pour faire le point sur vos recours.

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