Votre relevé de compte affiche une ligne « commission d’intervention » de 8 euros, parfois plusieurs fois dans la même journée. Vous étiez à découvert de quelques euros, et la banque vous a facturé plus de frais que le montant du dépassement. Vous n’êtes pas le seul dans cette situation. Voici ce que dit la loi et comment obtenir le remboursement de frais bancaires abusifs.
Qu’est-ce qu’une commission d’intervention ?
La commission d’intervention est une somme que la banque prélève chaque fois qu’elle décide de payer une opération qui dépasse le solde disponible ou l’autorisation de découvert. Concrètement, quand un prélèvement ou un paiement par carte se présente alors que votre compte n’a pas les fonds suffisants, un conseiller (ou un algorithme) décide de payer quand même ou de rejeter l’opération. S’il paye, la banque facture une commission d’intervention.
Le nom varie selon les banques. Certaines l’appellent « frais de forçage », d’autres « commission d’intervention sur irrégularité de fonctionnement ». Le mécanisme est le même : la banque facture sa décision de laisser passer une opération en dépassement.
Il ne faut pas confondre la commission d’intervention avec les agios. Les agios sont les intérêts facturés sur le montant du découvert. La commission d’intervention s’ajoute aux agios. Pour une seule opération en dépassement, vous pouvez donc payer à la fois la commission d’intervention et les intérêts débiteurs sur le solde négatif.
Plafonds légaux des commissions d’intervention
Depuis 2014, les commissions d’intervention sont plafonnées par la loi. Le plafond général est de 8 euros par opération et 80 euros par mois. Ces montants sont des maximums : la banque peut facturer moins, mais pas plus.
Pour les clients en situation de fragilité financière (bénéficiaires de l’offre spécifique « clientèle fragile »), le plafond est réduit à 4 euros par opération et 20 euros par mois. Ce plafond réduit s’applique aussi aux bénéficiaires du droit au compte.
Si votre banque vous facture plus de 8 euros par opération ou plus de 80 euros par mois, elle viole la loi. Vous pouvez exiger le remboursement de la différence.
Qui bénéficie de l’offre clientèle fragile ?
La banque est tenue d’identifier les clients en fragilité financière selon des critères définis par le Code monétaire et financier : irrégularités de fonctionnement du compte (incidents de paiement répétés), revenus faibles, inscription au fichier central des chèques (FCC). Si vous remplissez ces critères et que la banque ne vous a pas proposé l’offre spécifique (plafonnée à 3 euros par mois en frais d’incidents), elle manque à ses obligations.
Les autres frais bancaires liés aux incidents
La commission d’intervention n’est qu’un type de frais parmi d’autres. Quand votre compte dysfonctionne, la banque peut aussi facturer des frais de rejet de prélèvement (jusqu’à 20 euros par opération), des frais de rejet de chèque (plafonné à 30 euros pour les chèques de moins de 50 euros, 50 euros au-delà), des frais de lettre d’information préalable au rejet de chèque, et des frais de tenue de compte à découvert.
Ces frais s’empilent. Un client en difficulté qui subit trois rejets de prélèvements et deux commissions d’intervention dans le même mois peut se retrouver avec plus de 100 euros de frais, ce qui aggrave mécaniquement le découvert et provoque de nouveaux incidents. C’est ce cercle vicieux que les associations de consommateurs dénoncent depuis des années.
Comment savoir si vos frais bancaires sont abusifs
Des frais bancaires deviennent abusifs dans plusieurs situations. Le cas le plus fréquent : le montant des frais d’incident dépasse le montant de l’irrégularité. Si votre compte est à découvert de 5 euros et que la banque vous facture 8 euros de commission d’intervention plus 20 euros de frais de rejet, les frais aggravent le problème au lieu de le résoudre.
Les frais sont aussi abusifs quand la banque dépasse les plafonds légaux, quand elle facture des commissions d’intervention sur des opérations qui n’impliquaient aucune intervention réelle (paiement automatisé sans décision humaine), ou quand elle ne respecte pas les délais de notification des frais.
Autre situation courante : la banque facture des frais alors que vous avez une autorisation de découvert qui couvre l’opération. Si le prélèvement de 200 euros se présente, que votre solde est de -100 euros et que votre autorisation de découvert est de 500 euros, la banque ne peut pas facturer de commission d’intervention. Vous êtes dans la limite autorisée.
Obtenir le remboursement de frais bancaires abusifs
La démarche commence par une réclamation écrite à votre banque. Demandez le détail des frais facturés sur les 12 derniers mois (la banque est tenue de vous les fournir) et identifiez ceux qui dépassent les plafonds légaux ou qui sont disproportionnés par rapport à l’irrégularité.
Dans votre courrier, visez la précision. Listez chaque frais contesté avec sa date, son montant, et la raison de la contestation (dépassement du plafond, disproportion, absence d’irrégularité réelle). Demandez le remboursement de chaque ligne.
Si la banque refuse ou ne répond pas sous 2 mois, saisissez le médiateur bancaire. Les coordonnées du médiateur figurent sur votre convention de compte et sur le site de la banque. La procédure de médiation est gratuite et suspend les délais de prescription.
En cas d’échec de la médiation, l’étape suivante est le tribunal. Le juge de proximité (tribunal judiciaire) est compétent pour les litiges portant sur des frais bancaires. Pour les montants inférieurs à 5 000 euros, la procédure est simplifiée et l’avocat n’est pas obligatoire, mais il est recommandé quand la banque conteste les calculs.
La loi sur le remboursement des frais bancaires
Plusieurs textes encadrent les frais bancaires et prévoient des mécanismes de remboursement.
Le plafonnement des commissions d’intervention a été instauré par la loi de séparation et de régulation des activités bancaires de 2013 et précisé par décret en 2014. Ce texte fixe les plafonds de 8 euros par opération et 80 euros par mois.
La loi du 26 juillet 2013 impose aussi aux banques de proposer l’offre spécifique aux clients fragiles, avec des frais d’incidents réduits. Les banques qui ne respectent pas cette obligation s’exposent à des sanctions de l’ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution).
Par ailleurs, le droit commun de la responsabilité bancaire permet de contester des frais qui causent un préjudice disproportionné. La jurisprudence a régulièrement condamné des banques qui avaient facturé des frais sans rapport avec le coût réel de l’incident pour la banque.
Le délai de prescription pour demander le remboursement de frais bancaires est de 5 ans à compter de la date du prélèvement des frais.
Frais bancaires et découvert non autorisé
Le découvert non autorisé est la première source de frais bancaires. Quand votre compte passe en dessous de zéro (ou en dessous de votre autorisation de découvert), chaque opération qui se présente déclenche potentiellement une commission d’intervention et, en cas de rejet, des frais de rejet.
La banque a une obligation d’information. Elle doit vous prévenir du passage en découvert non autorisé et vous laisser un délai pour régulariser avant de facturer des frais. Si elle ne vous a pas informé, les frais peuvent être contestés.
Si le découvert non autorisé persiste, la banque peut décider de clôturer le compte. Mais la clôture ne vous dispense pas de régler le solde débiteur ni les frais déjà facturés. En revanche, la banque ne peut pas continuer à facturer des commissions d’intervention après la notification de clôture.
Questions fréquentes sur les frais bancaires
La banque peut-elle me facturer plusieurs commissions d’intervention le même jour ?
Oui, mais le total mensuel ne peut pas dépasser 80 euros (20 euros pour les clients fragiles). Si vous avez trois opérations en dépassement le même jour, la banque peut facturer 8 euros pour chacune, soit 24 euros dans la journée. Ce n’est pas illégal tant que le plafond mensuel est respecté.
Les frais bancaires peuvent-ils me faire basculer en situation de fichage FICP ?
Indirectement, oui. Si les frais aggravent votre découvert au point que vous ne pouvez plus le rembourser dans les 60 jours, la banque peut déclarer un incident de paiement caractérisé et vous inscrire au FICP. C’est pourquoi il faut contester les frais abusifs rapidement : ils déclenchent une spirale qui peut mener au fichage.
Puis-je changer de banque pour éviter les frais ?
Oui. Depuis la loi Macron de 2015, le service de mobilité bancaire facilite le transfert de vos opérations vers une nouvelle banque. Comparez les conventions de compte : les montants des commissions d’intervention et des frais de rejet varient d’une banque à l’autre. Les banques en ligne facturent généralement moins de frais d’incidents que les banques traditionnelles.
Le médiateur bancaire peut-il m’obtenir un remboursement ?
Le médiateur peut recommander un remboursement, mais sa décision ne lie pas la banque. En pratique, les banques suivent l’avis du médiateur dans la majorité des cas. Si la banque refuse, le médiateur vous le notifie et vous pouvez alors saisir le tribunal.
Le solde bancaire insaisissable protège-t-il contre les frais bancaires ?
Non. Le SBI protège contre les saisies pratiquées par des créanciers extérieurs, pas contre les prélèvements de frais par votre propre banque. La banque peut débiter des commissions d’intervention même si votre solde tombe en dessous de 651,69 euros. C’est une des raisons pour lesquelles les frais bancaires peuvent être particulièrement destructeurs pour les personnes en difficulté financière.
Vos frais bancaires sont excessifs ?
Si votre banque vous facture des commissions d’intervention ou des frais d’incidents qui aggravent votre situation financière, un avocat en droit bancaire peut analyser vos relevés, calculer le montant des frais abusifs et engager la procédure de remboursement. Contactez le cabinet pour une consultation.

Inscrit au Barreau de Paris depuis 2003, Maître Pierre accompagne ses clients en droit bancaire et financier
(litiges, crédit, caution, recouvrement, responsabilité de la banque). Vous avez une question sur votre situation ?
