Le taux d’usure est le taux maximum légal qu’un établissement de crédit peut appliquer quand il vous accorde un prêt. Si le TAEG (taux annuel effectif global) de votre crédit dépasse ce seuil, le prêt est usuraire. Les conséquences sont doubles : la banque encourt des sanctions pénales (jusqu’à 2 ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende), et vous avez droit à la restitution de tout ce que vous avez payé au-delà du seuil légal.
Mais le taux d’usure est aussi au centre d’un autre contentieux, plus fréquent : celui du TAEG erroné. Si votre banque a omis d’inclure certains frais dans le calcul du TAEG, le taux affiché est faux. La sanction est la déchéance du droit aux intérêts : le taux conventionnel est remplacé par le taux d’intérêt légal, et la banque restitue le trop-perçu.
Ce sont deux problèmes distincts, mais ils se croisent souvent dans les mêmes dossiers. Un TAEG correctement calculé peut révéler un dépassement du taux d’usure que le TAEG erroné avait masqué.
L’essentiel sur le taux d’usure
Définition : le taux d’usure est le TAEG maximum légal, fixé chaque trimestre par la Banque de France sur la base des taux moyens pratiqués le trimestre précédent, majorés d’un tiers (article L. 314-6 du Code de la consommation).
Sanction pénale : prêter à un taux usuraire est un délit puni de 2 ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende (article L. 341-50 du Code de la consommation).
Sanction civile : les intérêts perçus au-delà du taux d’usure sont imputés sur les intérêts normaux restant dus, puis sur le capital (article L. 341-48).
TAEG erroné : si des frais obligatoires sont omis du TAEG, la sanction est la déchéance du droit aux intérêts (articles L. 341-1 et L. 341-34).
Sur cette page
- Le taux d’usure : définition et calcul
- TAEG et taux d’usure : deux notions distinctes
- Ce qui doit être inclus dans le TAEG
- Le prêt usuraire : sanctions pénales et civiles
- Le TAEG erroné : déchéance du droit aux intérêts
- Comment détecter un taux usuraire ou un TAEG erroné
- Prescription : dans quel délai agir
- Questions fréquentes
Le taux d’usure : définition et calcul
Le taux d’usure est calculé chaque trimestre par la Banque de France. La méthode est fixée par l’article L. 314-6 du Code de la consommation : la Banque de France relève les taux effectifs moyens pratiqués par les établissements de crédit au cours du trimestre précédent, et les augmente d’un tiers.
Exemple de calcul
Si le taux effectif moyen pratiqué pour les prêts immobiliers à taux fixe d’une durée de 20 ans et plus est de 3,60 % au cours du trimestre précédent :
Taux d’usure = 3,60 % + (3,60 % / 3) = 3,60 % + 1,20 % = 4,80 %Tout prêt immobilier de cette catégorie dont le TAEG dépasse 4,80 % est usuraire.
Les taux d’usure sont publiés au Journal officiel et sur le site de la Banque de France. Ils sont classés par catégories de prêts, car chaque type de crédit a son propre seuil :
Prêts immobiliers
Classés selon la durée et le type de taux (fixe ou variable). Un prêt immobilier à taux fixe de 20 ans et un prêt à taux variable n’ont pas le même seuil d’usure.
Crédits à la consommation
Classés selon le montant emprunté (inférieur ou supérieur à 3 000 et 6 000 euros). Les prêts personnels, crédits renouvelables et découverts ont des seuils distincts.
Le seuil applicable à votre prêt est celui en vigueur au moment de l’émission de l’offre de crédit (pour les crédits immobiliers) ou de la conclusion du contrat (pour les crédits à la consommation).
TAEG et taux d’usure : deux notions distinctes
Le TAEG est le coût total de votre crédit, exprimé en pourcentage annuel. Il intègre le taux d’intérêt nominal et l’ensemble des frais obligatoires liés à l’obtention du prêt (article L. 314-1 du Code de la consommation). Le taux d’usure est le plafond légal que ce TAEG ne peut pas dépasser.
La confusion entre les deux génère deux types de contentieux distincts :
Le TAEG dépasse le taux d’usure
Le prêt est usuraire. La banque encourt des sanctions pénales. Les intérêts perçus au-delà du seuil sont restitués à l’emprunteur. C’est la situation la plus grave pour la banque.
Le TAEG est erroné (frais omis)
Le TAEG affiché est inférieur au TAEG réel parce que des frais ont été omis du calcul. La sanction est la déchéance du droit aux intérêts : le taux conventionnel est remplacé par le taux légal. Le TAEG corrigé peut aussi révéler un dépassement du taux d’usure.
Ce qui doit être inclus dans le TAEG
L’article R. 314-4 du Code de la consommation (anciennement R. 313-1) liste les frais qui doivent être intégrés dans le calcul du TAEG. En voici les principaux :
- Le taux d’intérêt nominal (le taux du prêt lui-même).
- Les frais de dossier facturés par la banque.
- Le coût de l’assurance emprunteur obligatoire (ADI).
- Les frais de garantie : hypothèque, privilège de prêteur de deniers, ou caution (Crédit Logement, CAMCA, etc.).
- Les frais d’évaluation du bien immobilier si la banque les exige.
- Les frais d’intermédiation (commission du courtier) si le recours au courtier est une condition d’obtention du prêt.
Les omissions les plus fréquentes dans les dossiers que je traite : les frais de garantie (oubliés ou sous-estimés), les parts sociales imposées par les banques mutualistes, les commissions de courtier, et certaines primes d’assurance. Chaque omission fausse le TAEG et ouvre un contentieux.
Point de vigilance : les parts sociales que certaines banques mutualistes (Crédit Agricole, Crédit Mutuel, Banque Populaire) vous obligent à souscrire comme condition d’obtention du prêt doivent être intégrées dans le TAEG. Si elles ne le sont pas, le TAEG est erroné. C’est un argument technique mais efficace qui génère régulièrement des déchéances d’intérêts.
Le prêt usuraire : sanctions pénales et civiles
La sanction pénale
L’article L. 341-50 du Code de la consommation punit le prêt usuraire de 2 ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende. En pratique, les poursuites pénales sont rares pour les prêts bancaires classiques (les banques contrôlent généralement le respect du seuil). Elles visent surtout les pratiques de prêt entre particuliers ou les officines de crédit non réglementées.
La sanction civile
L’article L. 341-48 du Code de la consommation prévoit que les perceptions excessives (la part d’intérêts qui dépasse le taux d’usure) sont imputées de plein droit sur les intérêts normaux restant dus, et subsidiairement sur le capital de la créance.
Concrètement : la banque ne perd pas la totalité de ses intérêts (ce n’est pas une déchéance totale). Elle conserve les intérêts à hauteur du taux d’usure. Ce qui dépasse est déduit de ce qui reste à payer. Le résultat est un recalcul du tableau d’amortissement avec un taux plafonné au seuil d’usure et la restitution du trop-perçu.
Attention à ne pas confondre : la sanction du prêt usuraire (imputation du trop-perçu, article L. 341-48) est différente de la sanction du TAEG erroné (déchéance du droit aux intérêts, articles L. 341-1 et L. 341-34). La déchéance des intérêts est une sanction plus lourde pour la banque : le taux conventionnel est remplacé par le taux légal, souvent proche de 0 %. L’enjeu financier est bien supérieur. C’est pourquoi le TAEG erroné est en pratique un levier plus puissant que l’usure elle-même.
Le TAEG erroné : déchéance du droit aux intérêts
C’est le contentieux le plus fréquent et le plus intéressant financièrement pour l’emprunteur. Si le TAEG mentionné dans l’offre de prêt est faux (parce que des frais obligatoires ont été omis du calcul), la sanction est la déchéance du droit aux intérêts, en totalité ou en partie, selon l’appréciation du juge.
Pour les crédits à la consommation, c’est l’article L. 341-1 du Code de la consommation qui prévoit cette sanction. Pour les crédits immobiliers, c’est l’article L. 341-34. La Cour de cassation a confirmé que la déchéance peut être totale (le taux conventionnel est intégralement remplacé par le taux légal) ou partielle.
Exemple concret
Un emprunteur souscrit un prêt immobilier de 250 000 EUR à un taux nominal de 3,20 % sur 20 ans. Le TAEG affiché est de 3,85 %. Or les frais de garantie hypothécaire (4 200 EUR) et les parts sociales (300 EUR) n’ont pas été inclus dans le calcul. Le TAEG réel est de 4,12 %.
TAEG affiché : 3,85 % — TAEG réel : 4,12 % — Erreur : 0,27 pointLe tribunal prononce la déchéance totale du droit aux intérêts. Le taux conventionnel de 3,20 % est remplacé par le taux d’intérêt légal (par exemple 3,20 % remplacé par 0,82 %). Sur 20 ans et 250 000 EUR, la différence entre les intérêts au taux contractuel et les intérêts au taux légal peut représenter 40 000 à 60 000 EUR. La banque doit restituer le trop-perçu et recalculer les échéances futures.
Ce contentieux relève de la responsabilité de la banque dans la rédaction de l’offre de prêt. L’erreur de TAEG est une faute objective : peu importe que la banque ait agi de bonne ou de mauvaise foi.
Comment détecter un taux usuraire ou un TAEG erroné
L’offre de prêt mentionne obligatoirement le TAEG. Le tableau d’amortissement détaille les échéances. Rassemblez aussi les factures de frais de dossier, le contrat d’assurance emprunteur, le contrat de garantie et tout document relatif aux frais payés pour obtenir le prêt.
Recalculez le TAEG en intégrant tous les frais obligatoires (article R. 314-4). Si le TAEG recalculé est supérieur au TAEG affiché dans l’offre, le TAEG est erroné. Si le TAEG recalculé dépasse le taux d’usure en vigueur à la date de l’offre, le prêt est usuraire. Ce calcul est technique et nécessite un tableur ou un logiciel financier.
Consultez le taux d’usure en vigueur au moment de l’émission de l’offre de prêt (pas au moment de la signature). Les taux d’usure historiques sont disponibles sur le site de la Banque de France. Identifiez la bonne catégorie de prêt (immobilier fixe, variable, consommation par tranche de montant).
L’analyse du TAEG et de la conformité au taux d’usure est un exercice technique. Un écart de quelques centièmes de point suffit à caractériser une erreur. L’intervention d’un avocat ou d’un expert financier est recommandée pour sécuriser l’argumentation avant d’engager une action.
Prescription : dans quel délai agir
L’action en déchéance du droit aux intérêts pour TAEG erroné se prescrit par 5 ans (article 2224 du Code civil). Le point de départ est la date de conclusion du contrat de prêt (date d’acceptation de l’offre).
L’action civile pour prêt usuraire suit le même régime de prescription quinquennale.
L’action pénale pour usure se prescrit par 6 ans à compter du jour où le dernier intérêt usuraire a été perçu (la jurisprudence retient une infraction continue).
En défense : si la banque vous poursuit pour impayé, vous pouvez invoquer l’erreur de TAEG ou l’usure par voie d’exception (demande reconventionnelle), même si le délai de prescription de votre propre action est dépassé, à condition que le vice et la créance portent sur le même contrat. C’est un moyen de défense fréquent dans les contentieux de recouvrement bancaire.
Questions fréquentes
Mon TAEG est à 0,10 % du taux d’usure. Le prêt est-il usuraire ?
Si le TAEG affiché est juste en dessous du seuil, vérifiez que tous les frais ont bien été inclus dans le calcul. Parfois, l’ajout des frais omis (parts sociales, frais de courtier, frais de garantie) suffit à faire passer le TAEG au-dessus du seuil. Un TAEG très proche du taux d’usure est un signal d’alerte.
La banque m’a refusé un prêt à cause du taux d’usure. Ai-je un recours ?
Non. Le refus de prêt pour dépassement du taux d’usure n’est pas en soi fautif. La banque applique la loi. Ce qui peut être contesté, c’est le calcul du TAEG : si la banque a inclus des éléments qui ne devraient pas y figurer (assurance facultative comptée comme obligatoire, par exemple), le TAEG réel peut être inférieur au seuil. Mais en l’état de la réglementation, le taux d’usure n’ouvre pas de droit au crédit.
Le taux d’usure protège-t-il aussi les cautions ?
Oui. Si le prêt est usuraire, la caution peut invoquer le caractère usuraire pour réduire la dette garantie. L’imputation du trop-perçu (article L. 341-48) bénéficie au débiteur principal et, par ricochet, à la caution. De même, la déchéance des intérêts pour TAEG erroné réduit la dette de la caution.
Quelle est la différence entre la sanction de l’usure et la déchéance des intérêts ?
La sanction de l’usure (article L. 341-48) est ciblée : seul le trop-perçu au-delà du seuil est restitué. La banque conserve les intérêts à hauteur du taux d’usure. La déchéance des intérêts (articles L. 341-1 et L. 341-34) est plus lourde : le taux contractuel entier peut être remplacé par le taux légal. En pratique, pour l’emprunteur, le contentieux du TAEG erroné est financièrement plus intéressant que le contentieux de l’usure.
Mon prêt date de 2019. Puis-je encore agir ?
L’action se prescrit par 5 ans à compter de la conclusion du contrat. Pour un prêt de 2019, le délai expire en 2024. Si vous êtes hors délai, vérifiez si vous êtes en contentieux avec la banque (impayés, mise en demeure) : vous pourriez invoquer le TAEG erroné par voie d’exception en défense, sans condition de délai. La procédure de surendettement peut aussi être envisagée en parallèle si votre situation financière est compromise.
L’année lombarde fausse-t-elle le TAEG ?
Oui. Si la banque calcule les intérêts sur 360 jours (année lombarde) au lieu de 365, le TAEG affiché ne reflète pas le coût réel du crédit. Le TAEG est sous-estimé. Corrigé, il peut dépasser le taux d’usure. L’année lombarde et le TAEG erroné sont deux arguments qui se cumulent et se renforcent mutuellement dans les contentieux de responsabilité bancaire.
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La caution bénéficie de la restitution du trop-perçu et de la déchéance des intérêts.
Le TAEG erroné et l’usure sont des moyens de défense face au recouvrement.
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Me Guillaume PIERRE — Avocat en droit bancaire et contentieux du crédit, Paris
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Inscrit au Barreau de Paris depuis 2003, Maître Pierre accompagne ses clients en droit bancaire et financier
(litiges, crédit, caution, recouvrement, responsabilité de la banque). Vous avez une question sur votre situation ?
