Vous recevez un commandement de payer, un avis de saisie sur votre compte ou une retenue sur votre salaire. Derrière chacune de ces mesures, il y a un titre exécutoire. Ce document, délivré par une autorité compétente, autorise un créancier à recourir à l’exécution forcée pour obtenir le paiement d’une dette. Comprendre ce qu’est un titre exécutoire, comment il est obtenu et surtout comment le contester est indispensable pour protéger vos droits.
Qu’est-ce qu’un titre exécutoire
Un titre exécutoire est un document officiel qui constate une créance liquide et exigible et qui permet au créancier de recourir à des mesures d’exécution forcée sans avoir à obtenir une nouvelle autorisation du juge. Le Code des procédures civiles d’exécution en fixe la liste limitative. Sans titre exécutoire, un créancier ne peut pas saisir vos comptes bancaires, prélever sur votre salaire ni faire vendre vos biens.
Le titre exécutoire remplit deux fonctions. Il prouve l’existence et le montant de la dette. Il autorise le recours à la force publique pour contraindre le débiteur au paiement. Un simple contrat, une facture ou une mise en demeure ne constituent pas un titre exécutoire, même si la dette est réelle.
Les différents types de titres exécutoires
Tous les titres exécutoires n’ont pas la même origine. Le type de titre détermine les voies de contestation disponibles et les délais applicables.
Les décisions de justice
Le titre exécutoire le plus courant est le jugement rendu par un tribunal, une fois revêtu de la formule exécutoire. Cela inclut les jugements du tribunal judiciaire, du tribunal de commerce et du juge de l’exécution. Un jugement par défaut (rendu en l’absence du défendeur) est également un titre exécutoire, mais le débiteur peut former opposition dans le mois suivant la signification.
L’ordonnance d’injonction de payer
C’est la procédure la plus utilisée par les banques et les organismes de crédit pour obtenir un titre exécutoire. Le créancier dépose une requête au tribunal sans que le débiteur soit convoqué. Si le juge estime la créance fondée, il rend une ordonnance qui devient un titre exécutoire à défaut d’opposition dans le délai d’un mois après signification. Beaucoup de débiteurs laissent passer ce délai, souvent par méconnaissance de la procédure.
Les actes notariés
Un acte reçu par un notaire et revêtu de la formule exécutoire constitue un titre exécutoire. C’est le cas des actes de prêt notariés. Si l’emprunteur cesse de rembourser, la banque peut engager directement une saisie sans passer par un tribunal. Cette particularité rend les prêts notariés plus dangereux pour l’emprunteur en cas de difficulté financière.
Les contraintes et titres administratifs
Les administrations fiscales et les organismes sociaux (URSSAF, caisses de retraite) peuvent émettre leurs propres titres exécutoires sous forme de contraintes. C’est ce qui permet au Trésor public de pratiquer une saisie administrative à tiers détenteur (SATD) directement sur votre compte bancaire, sans décision de justice préalable.
Ce que permet un titre exécutoire : les mesures d’exécution forcée
Une fois en possession d’un titre exécutoire, le créancier peut mandater un commissaire de justice (anciennement huissier) pour engager des mesures de recouvrement forcé. Les principales sont les suivantes.
La saisie-attribution sur compte bancaire bloque immédiatement les sommes disponibles sur vos comptes. Le solde bancaire insaisissable (égal au RSA pour une personne seule) reste protégé. La saisie sur rémunération permet de prélever chaque mois une partie de votre salaire selon un barème progressif fixé par décret. La saisie immobilière vise vos biens immobiliers et peut aboutir à une vente aux enchères.
Le choix de la mesure d’exécution appartient au créancier. Il peut en combiner plusieurs simultanément. Le commissaire de justice est le seul professionnel habilité à mettre en oeuvre ces mesures.
Exception importante : si le débiteur bénéficie d’une procédure de surendettement, toutes les mesures d’exécution sont suspendues dès la décision de recevabilité du dossier par la Banque de France.
Comment contester un titre exécutoire
Un titre exécutoire n’est pas irréversible. Selon le type de titre et le stade de la procédure, plusieurs voies de contestation existent.
Opposition à une ordonnance d’injonction de payer
Si vous recevez la signification d’une ordonnance d’injonction de payer, vous disposez d’un mois pour former opposition auprès du tribunal qui l’a rendue. L’opposition suspend le caractère exécutoire de l’ordonnance et entraîne un réexamen complet du dossier en audience contradictoire. C’est souvent la première et la meilleure opportunité de contester la dette.
Si le délai d’un mois est dépassé, il reste parfois possible d’invoquer un défaut de signification (l’acte n’a pas été remis en personne et vous n’en avez pas eu connaissance effective). Un avocat peut vérifier la régularité de la signification et, le cas échéant, obtenir un nouveau délai d’opposition.
Appel d’un jugement
Un jugement rendu en premier ressort peut faire l’objet d’un appel dans un délai d’un mois (ou 15 jours pour les ordonnances de référé). L’appel ne suspend pas automatiquement l’exécution du jugement, sauf si le premier juge n’a pas ordonné l’exécution provisoire ou si la cour d’appel l’arrête.
Contestation devant le juge de l’exécution
Même après qu’un titre exécutoire est devenu définitif, le juge de l’exécution peut être saisi pour contester les conditions de la saisie : irrégularité de l’acte de saisie, paiement déjà effectué, prescription de la dette. Le juge de l’exécution ne remet pas en cause le titre lui-même mais peut bloquer ou annuler la mesure d’exécution.
La prescription du titre exécutoire
Un titre exécutoire ne permet pas de poursuivre un débiteur indéfiniment. Le Code des procédures civiles d’exécution fixe un délai de prescription de 10 ans pour l’exécution d’un titre exécutoire, à compter du jugement ou de la date de l’acte. Passé ce délai, le créancier ne peut plus engager de mesure de saisie, même s’il détient toujours le titre.
Attention : chaque acte d’exécution (commandement de payer, saisie) interrompt la prescription et fait courir un nouveau délai de 10 ans. Un créancier qui pratique une saisie, même infructueuse, remet le compteur à zéro. C’est pourquoi il est important de vérifier la chronologie exacte des actes avant de conclure qu’un titre est prescrit.
Pour les chèques sans provision, le certificat de non-paiement délivré par la banque permet au bénéficiaire d’obtenir un titre exécutoire par voie de signification, sans passer par un tribunal. Ce titre est soumis aux mêmes règles de prescription.
Questions fréquentes sur le titre exécutoire
Un simple courrier de relance ou une mise en demeure constituent-ils un titre exécutoire ?
Non. Un courrier de relance, une mise en demeure ou une facture ne sont pas des titres exécutoires. Ces documents prouvent l’existence d’une réclamation, mais ils ne permettent pas de procéder à une saisie. Le créancier doit obtenir un jugement, une ordonnance d’injonction de payer ou disposer d’un acte notarié pour engager l’exécution forcée.
Peut-on contester un titre exécutoire après le délai d’opposition ?
Oui, dans certains cas. Si l’ordonnance d’injonction de payer n’a pas été signifiée en personne (remise à un tiers, déposée à l’étude ou signifiée par procès-verbal de recherches), le débiteur qui démontre n’en avoir pas eu connaissance effective peut encore former opposition. Par ailleurs, la prescription du titre, un paiement déjà effectué ou une irrégularité de la saisie peuvent être invoqués devant le juge de l’exécution sans condition de délai.
Combien de temps un titre exécutoire reste-t-il valable ?
Un titre exécutoire est valable 10 ans à compter de la décision ou de l’acte. Ce délai peut être interrompu par un acte d’exécution (saisie, commandement de payer), ce qui fait repartir un nouveau délai de 10 ans. Il est donc possible qu’un titre reste en vigueur bien au-delà de 10 ans si le créancier a pratiqué des actes d’exécution intermédiaires.

Inscrit au Barreau de Paris depuis 2003, Maître Pierre accompagne ses clients en droit bancaire et financier
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